On ne sauve pas un chien en une seule fois

En franchissant les portes de la SPA en 2018, je pensais que le plus dur était fait. La vraie épreuve allait pourtant se jouer chez nous.

 

Jenny et Pinceau assis côte à côte au bout du ponton en bois, face aux reflets du lac.

Quand on adopte un chien de 2 ans dans un refuge, on part avec une promesse. On se dit qu'on va lui offrir ce qu'il y a de plus beau : de l'espace, du réconfort, et une protection absolue. Quand Pinceau a passé le seuil de la maison, on était remplis d'espoir.

Mais la réalité nous a rattrapés à une vitesse folle.

Très vite, son corps a commencé à exprimer un malaise profond. Des désordres digestifs chroniques et, surtout, des gaz incessants, d'une odeur absolument invivable. Pour ceux qui ne l'ont jamais vécu, ça peut sembler anecdotique ou presque drôle. En réalité, c'est un vrai calvaire. Ça crée une barrière invisible entre vous et votre animal. C'est le chien qu'on aime sincèrement, mais qu'on repousse doucement du canapé parce que la pièce devient invivable et l’air irrespirable.

Pinceau vivait dans un inconfort permanent. Et nous, dans une gêne constante.

Rehaussé par le rouge vif de son collier, Pinceau savoure un instant de repos au cœur des herbes hautes.

Comme tout le monde, on a d'abord fait confiance. On a suivi les conseils habituels, on nous a orientés vers des « croquettes vétérinaires », « spécialisées ». On a suivi le protocole gentiment, convaincus que la science médicale allait régler le problème.

Résultat ? Aucun changement. Rien. Par moments, la situation empirait même. 

C'est là que le sentiment le plus pesant s'est installé : on se sentait abandonnés. On se retrouvait seuls avec notre chien de refuge, sans réponse, face à un système qui nous proposait soit de changer indéfiniment de paquets de marque médicale, soit d'accepter que notre chien était « comme ça », « fragile ». Personne ne cherchait la vraie cause. Personne ne remettait en question ce qu'il y avait réellement dans la gamelle. Personne ne cherchait à comprendre pourquoi.

J'ai réalisé que j'avais été naïve et que je ne devais plus rester passive. J'avais cru aux belles promesses sur les sacs sans jamais chercher à savoir ce qu'il y avait derrière. Ce jour-là, la résignation a laissé place à la détermination. Il devait y avoir une explication logique, alors j’ai décidé de chercher la vérité par moi-même.

Pinceau entrain de mâchouiller sa corde à l'ombre du jardin.

C'est au détour de mes recherches que je suis tombée sur les écrits d’éleveurs qui utilisent leur entreprise – Croq la Vie – pour transformer le monde du soin animal. Pour la première fois, je lisais des textes qui montraient les faits, preuves à l'appui, sur ce que la malbouffe industrielle fait subir aux animaux. 35 ans de pratique et d’investigation pour arriver à ce constat brutal : on fabrique des maladies chroniques évitables dans l'opacité la plus totale.

En lisant leurs enquêtes, j'ai pris une énorme claque. J'ai compris qu'en continuant à fermer les yeux, nous sommes indirectement complices des dérives de ce système. La réalité, c’est qu’on ne pourra faire bouger les lignes qu’en donnant la vraie information aux maîtres. 

En janvier 2018, on a sauté le pas. Et ce qui s'est passé ensuite a été quasi immédiat. En fait, en quelques jours à peine, le problème était balayé. C’est bluffant. Plus aucun trouble, plus d’odeurs asphyxiantes. Un ventre libéré et apaisé, enfin.

C'est là que j'ai compris la portée de notre geste : Pinceau a été sauvé deux fois. La première par la SPA qui l'a sorti d'une cage, et la deuxième le jour où nous avons refusé d'être complices d'un système qui le rendait malade. Pour ça, j'ai une gratitude immense envers ceux qui ont le courage de mener ce combat et d'éveiller les consciences.

En partageant ça aujourd'hui, je ne fais que rendre ce qu'on m'a donné.

À voir : Aux Origines de Croq la Vie — Le film documentaire

Pinceau, un vieux compagnon de route prêt à dévorer les grands espaces.

Voilà maintenant plus de 8 ans – depuis 2018 – que nous avançons sur ce chemin. Aujourd'hui, Pinceau a 11 ans révolus. Quand je le regarde courir sur les sentiers, le poil brillant, avec la vitalité d'un gamin, j'éprouve une fierté profonde. La fierté de ne pas avoir baissé les bras quand tout le monde nous disait de nous résigner. 

Et l'histoire continue. Récemment, nous avons adopté une petite minette de 9 mois. Il nous restait un fond de croquettes classiques données au refuge. On a posé les deux bols côte à côte, et on lui a donné le choix. L'instinct d'un animal ne ment jamais : elle n'a plus jamais voulu toucher aux anciennes. Même un chaton sait faire la différence quand on arrête de lui imposer des aliments issus des dérives industrielles.

Chez nous, la malbouffe industrielle a été définitivement bannie. 

On préfère investir dans ce qui construit la santé aujourd'hui plutôt que de payer les dégâts d'une alimentation toxique demain. Offrir à nos animaux un corps qui fonctionne, sans douleur ni inflammation cachée, c'est le plus beau geste de respect qu'on puisse leur porter. Ce qu'on a appris nous a profondément transformés, et j'espère simplement que notre histoire aidera d'autres maîtres à se poser les bonnes questions. 

 

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